HARCELEMENT ET STRESS

 

La notion de harcèlement est très combattue par le patronat qui estime que la gestion du personnel ne va pas sans tension et que le sentiment d'être harcelé résulte d'une fragilité individuelle.

Les salariés, de leur coté, constatent que la "souffrance au travail " est une réalité que l'on reconnaît aujourd'hui grâce à la législation européenne sous le vocable de "stress". Le terme de "stress" est d'ailleurs assez inadapté dans la mesure ou il peut décrire à la fois un état du salarié ayant des conséquences à terme sur sa santé et alors que le stress et souvent généré par l'organisation même du travail et non d'une quelconque fragilité individuelle. On mélange donc à nouveau par ce terme origine du trouble et conséquences .

Néanmoins le sujet de la "souffrance au travail" est aujourd'hui en débat et devrait faire l'objet d'un accord des partenaires sociaux pour y remédier.

Quelque soit le résultat de la négociation, les salariés disposent déjà d'un certain nombre de textes qui permettent de grandement remédier aux tensions induites par l'organisation du travail, encore faut-il que nous retrouvions dans les entreprises le sens du "collectif de travail". Le tableau ci-après vous aidera à vous organiser collectivemnet pour améliorer peu à peu les conditions de travail.

Ceci dit "la souffrance au travail" peut devenir "harcèlement" dans de multiples situations : en particulier certaines entreprises se refusent à payer des indemnités de licenciement économique à l'occasion d'une restructuration de leurs services et n'hésitent pas à faire pression sur les salariés jusqu'à la démission. Nous qualifions cette forme de pression de "harcèlement de gestion".

Ce harcèlement de gestion est devenu d'une telle intensité que la Cour de cassation dans une avancée exclusivement jurisprudentielle a créé au lieu et place de la démission la possibilité pour le salarié de prendre acte des faits fautifs de l'employeur pour rompre unilatéralement le contrat de travail. Cette procédure ouvre droit , après avis du conseil des prud'hommes , à la requalification de la rupture du contrat

  • soit en rupture du fait de l'employeur produisant les effets d'un licenciement abusif si les arguments du salarié sont estimés recevables par le conseil des prud'hommes ,
  • soit , si l'argumentaire du salarié est jugé insuffisant par le conseil des prud'hommes , en démission simple.

On attend de voir également quel usage sera fait de la toute nouvelle procédure de rupture négociée du contrat de travail sous le contrôle d' l'inspection du travail qui est en cours de validation par l'Assemblée Nationale suite à l'accord des partenaires sociaux sur la modernisation du marché du travail.

Nous verrons bien si cela aboutit ou pas à une moralisation des pratiques.

D'autres cas de harcèlement , beaucoup plus rares, sont le fait de salariés pervers dont les agissements finissent par être parfaitement connus du groupe de travail au sein duquel ils opèrent et qui ne peuvent continuer à exercer leur emprise que parce que le collectif de travail le tolère - Nous vous renvoyons sur ce point aux moyens collectifs d'intervention.

Le phénomène est donc loin de s'étioler comme nous le constatons à travers notre consultation juridique et comme le confirment les praticiens de longue date (20 ans de recul ) du centre hopitalier de LYON SUD que nous remercions pour leur participation à la rédaction de cet article dont le plan est le suivant :

Le harcèlement moral

Le harcèlement sexuel

La jurisprudence du harcèlement


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REPERER LES FAITS

 

 

Il existe des typologies différentes de harcèlement qui dépendent de la cause réelle du phénomène .

Nous ne développerons pas les particularités du harcèlement lié à la personnalité du harceleur

  • - valorisation gratuite de la propre personne du harceleur
  • - rigidité au nom de la juste sévérité
  • - personne connaissant elle-même des difficultés
  • - ou fixation sur les différences raciales , religieuses , sociales du harcelé

car ces cas sont moins fréquents que le "harcèlement dit de gestion" qui connait une recrudescence spectaculaire .

Ceux qui bénéficient d'un licenciement économique ont par rapport à d'autres la chance de n'avoir pas eu à subir ce type de harcèlement qui ne ménage aucune catégorie de travailleurs et touche , quoique sous des formes différentes toutes les structures , des plus importantes aux plus petites , du secteur commercial aux associations.

Le but est de se défaire de collaborateurs ou collaboratrices par DEMISSION donc sans bourse délier à l'occasion d'une rupture d'axe de gouvernance : soit que l'établissement se restructure , soit qu'il connaisse des difficultés économiques , soit que ses dirigeants ont changé ou que les principes qui le gouvernaient mutent ;

Il nous a été confirmé par le centre hospitalier de LYON SUD que des officines existaient effectivement pour apprendre à déstabiliser des collaborateurs ou collaboratrices insuffisamment souples - il s'est tout simplement trouvé que les formateurs chargés d'inculquer aux équipes dirigeantes les rudiments du "bien harceler" ont "craqué" .

Vous êtes d'autant plus sujet(te)s au harcèlement que vous êtes

  • - un bon élément pour lequel le travail a une réelle importance ,
  • - que vous êtes doté d'un caractère fort ou de charisme ou encore
  • - parceque vous représentez la mémoire et les anciennes valeurs d'une entreprise et que ceci n'est plus d'actualité ,
  • - ou parceque vous n'avez plus le profil souhaité (âgé(e) , trop de qualification quand on peut faire faire le travail pour moins cher par moins qualifié , maternité ou congé parental car vous n'êtes plus aussi disponible etc ... syndicaliste) .

A ces profils il faut ajouter celui des personnes momentanément fragilisées et dont on escompte qu'elles auront une moins grande résistance : divorce , handicapé en poste de travail, accident du travail ayant entrainé des séquelles ou non mais revendiqué par l'intéressé(e) en tant que tel , surinvestissement affectif dans le travail.

Premier conseil :ne vous centrez pas sur ce que l'on vous reproche , mais sur les mutations en cours dans votre entreprise et essayez de discerner la "cause réelle" de votre éviction qui n'a probablement pas grand chose à voir avec vos qualités personnelles.

Second conseil : vous pouvez être pour une raison privée en état de faiblesse et mal ressentir des faits qui n'ont pas réellement un caractère de harcèlement :

Si vous ne "comprenez plus ce qui vous arrive" MAIS si vous êtes capable de "répertorier une succession de faits objectifs" (non interprêtés) qui vous ont déstabilisé(e) il est possible que vous soyez harcelé(e) : nous vous invitons donc à appronfondir votre analyse; Pour cela vous allez vérifier si vous entrez dans tout ou partie du schéma ci-après étant entendu que votre capacité de résistance et la nature de votre établissement peuvent interférer dans le déroulement des faits qui comprennent principalement les phases suivantes :

MANIFESTATIONS DU HARCELEMENT

1°) Tout ce qui symbolise votre poste pour vous mais aussi pour votre communauté de travail ou les personnes extérieures est attaqué : exemples vécus : - changement de bureau - suppression de fenêtres - dépouillement de l'éventuelle décoration - - contestation à répétition de vos frais de déplacement , de repas etc ... - multiplication des stages , réunions , évolution constante d'organigramme où vous avez du mal à vous repérer - désinvestissement de la structure quant aux formations qui vous sont proposées - inversion éventuelle des marques de hiérarchie - organisation hiérarchique bouleversée : c'est le pouvoir discrétionnaire de la direction qui fonde le pouvoir des nouveaux responsables et non plus le "savoir" des intéressés Tout cela aboutit progressivement , comme un puzzle à l'effacement de l'image et des repères de votre fonction en interne et en externe .

2°) on attaque votre outil de travail : exemples vécus : - un code est mis sur votre ordinateur et personne ne sait par qui - vous aviez la possibilité d'un accès assez libre à l'établissement et votre badge ne permet plus d'accéder à votre lieu de travail comme antérieurement - vos fichiers disparaissent - vos dossiers sont modifiés en votre absence , truqués - on vous supprime votre ligne directe ne vous laissant que 10 heures d'abonnement par mois sur un portable pour un commercial

3°) on vous isole physiquement et / ou moralement exemples vécus : - refus de parole - on ne vous reçoit pas - on ne vous laisse pas vous exprimer en réunion - lorsqu'on vous dit bonjour c'est en regardant quelqu'un d'autre - vous retrouvez des post it sur votre bureau plus ou moins insultants - on vous donne des ordres contradictoires - en même temps on vous laisse l'usage de vos moyens de contacter votre réseau dans l'entreprise pour que la description que vous allez faire de votre situation serve d'exemple repoussoir à vos collègues (déstabilisation du collectif de travail)

4°) on attaque votre vie privée par l'intermédiaire : - de retenue financière ("erreurs" sur fiches de paie , primes supprimées ) - d'augmentation de vos frais pour venir travailler : modification du jour de repos (exemple pour les femmes supprimer le mercredi libre) - on vous avertit tardivement d'une modification de vos vacances pour raison de service (ce qui fait que vous avez loué un lieu de repos pour rien) - vous recevez de très nombreuses lettres recommandées comportant de fausses accusations de fautes professionnelles , des kyrielles de malentendus à tout propos surgissent - on envahit votre vie privée : par des contrôles téléphoniques à tout moment - on vous isole de votre famille en vous envoyant en stage , réunions, loin de votre domicile

5°) on augmente déraisonnablement votre charge de travail - en vous donnant de "fausses réunions" que l'on décommande pour tout le monde .... sauf pour vous et vous perdez une demi journée voire plus "tu perds la mémoire" ..... vous fait-on remarquer. - on multiplie le nombre de rapports qui vous sont demandés - il faut sans cesse refaire un travail qui quoique vous fassiez ne conviendra jamais du premier coup

6°) attaques de la personne - faire faire un bilan de compétences sans laisser le choix de l'officine - vous mettre en concurrence à plusieurs sur le même poste de travail - faire redéfinir son poste en relevant systématiquement de "soi disant manques" dans cette définition - critique de votre image : votre poids , votre habillement , votre coiffure etc ... - déritualisation des rapports : tutoiement au lieu d'un vouvoiement qui était votre mode habituel d'expression

7°) attaques législatives - refus de redéfinition d'un poste qui a changé - à l'inverse succession d'avenants - suppression des droits à formation continue pour les personnes dont la technicité est particulièrement importante (informatique, électronique, sport de haut niveau) - période de restructuration qui s'éternise et pendant laquelle on vous laisse sans aucun travail


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LES SYMPTOMES

 

 

au stade précoce , vous présentez des signes fonctionnels somatiques que vous n'avez pas forcément reliés aux conditions de travail : c'est une phase d'alerte .

Un conseil abordez et vos symptomes et votre ressenti au travail avec soit votre médecin traitant , soit le médecin du travail ;

Une enquête a montré que les symptomes les plus fréquents étaient :

  • - l'angoisse : état d'alerte permanent influant sur le sommeil , sommeil perturbé de cauchemars vous faisant revivre une expérience professionnelle de la journée , irritabilité , difficulté à supporter la famille , les voisins , isolement ...
  • - troubles neurologiques : migraines rebelles aux traitements chez des personnes n'ayant aucun antécédent dans le domaine, perte de mémoire, perte de la suite logique de la pensée et expansivité de l'expression (impossibilité de parler d'autre chose que du vécu du harcèlement)
  • - troubles digestifs
  • - comportement addictifs et troubles de la conduite alimentaire
  • - troubles gynécologiques
  • - troubles cardiologiques
  • - troubles rhumatologiques
  • - troubles dermatologiques
  • - si vous avez été arrêté(e) , votre état de santé s'est très vite amélioré
  • - vous vous sentez dépressif(ve) et cela peut aller jusqu'à des pensées suicidaires

Lorsqu'on vous demande de vous exprimer sur votre vécu :

  • - vous ne savez pas par où commencer
  • - puis vous faites un descriptif minutieux de FAITS OBJECTIFS (non interprêtés) mais vous êtes incapable de les ordonner et de les hiérarchiser
  • - vous êtes pris(e) de difficulté pour continuer l'exposé (crise de larmes , message d'incompréhension de la situation)
  • - vous avez d'extrêmes difficultés à parler d'autre chose que de ce vécu
  • - vous émettez des doutes sur vos compétences professionnelles
  • - vous vous sentez responsable de la situation mais sans comprendre en quoi et c'est d'ailleurs pour cela que vous avez retardé le moment d'une consultation
  • - vous avez des phobies momentanées : vous ne pouvez plus retourner travailler après un arrêt maladie par exemple
  • - vous avez l'impression que vous allez ne plus parvenir à vous contrôler et dire ou faire quelquechose de grave
  • - vous évitez de passer devant votre lieu de travail

Si vous connaissez tout ou partie de ces difficultés CONSULTEZ - n'attendez pas d'avoir le tableau complet.

Il vaut mieux consulter à tort que trop tard : la pression va vous conduire à arrêter complétement votre activité professionnelle : les arrêts vont de 3 mois consécutifs à plus d'un an et se terminent trop souvent par la rupture du contrat de travail (souvent suite à une inaptitude à tout emploi dans l'entreprise)

Or il y a d'autres moyens de s'en sortir

 

 

 

webmestre : Marie-Jeanne GOZE